Le coût de la dette française vient de franchir un seuil symbolique. Le 18 septembre 2026, le rendement de l’OAT à dix ans a atteint 4,55 % et son écart avec le Bund allemand a dépassé 100 points de base, une première depuis 2012. Ce spread tournait encore autour de 60 points fin mai. Fait plus frappant encore : Paris emprunte désormais plus cher que Rome.
Cette hausse traduit une défiance propre à la France. Le déficit public devrait atteindre 5,4 % du PIB en 2026, la prévision de croissance a été ramenée à 0,5 % et le gouvernement doit trouver 54 milliards d’euros d’économies pour le budget 2027. L’approche de la présidentielle ajoute une incertitude politique que les investisseurs font payer. Le mouvement s’inscrit en outre dans une remontée mondiale des taux longs, le dix ans américain ayant dépassé 5 %.
Les banques sont en première ligne : grandes détentrices d’OAT, elles voient la valeur de leurs portefeuilles baisser et leur coût de financement monter. Le 27 août 2026, BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole ont perdu entre 3 et 5 % en une séance. Viennent ensuite les foncières, dont les valorisations évoluent à l’inverse des taux, puis les concessionnaires et les services aux collectivités, exposés à une fiscalité exceptionnelle. Les entreprises dépendantes de la commande publique complètent la liste.
L’inquiétude est fondée pour la dette, mais exagérée pour la Bourse dans son ensemble. Fitch a maintenu la note A+ avec perspective stable le 28 août 2026, la Banque centrale européenne dispose d’un instrument anti-fragmentation et les grands groupes du CAC 40 réalisent l’essentiel de leur chiffre d’affaires hors de France.
Le risque reste donc sectoriel plutôt que systémique. Un spread durablement installé au-delà de 120 points, scénario que Société Générale n’exclut pas, changerait toutefois la donne.