Copart (CPRT) est le leader mondial des enchères de véhicules épaves (« salvage »). Son modèle s’apparente à un péage : l’entreprise perçoit des frais sur chaque véhicule que les compagnies d’assurance, faute de réparation économique, lui confient pour être revendu aux enchères en ligne (plateforme VB3).
CPRT opère au sein d’un duopole (≈ 50 % du marché américain, RB Global/IAA ≈ 35 %) protégé par un moat solide et multiple : un effet de réseau de liquidité (la plus grande base d’acheteurs au monde attire les meilleurs prix, donc davantage de vendeurs), une densité de sites difficilement réplicable (foncier rare, permis environnementaux longs), et une intégration profonde aux systèmes des assureurs qui crée de forts coûts de changement.
La thèse de long terme repose sur un vent de fond structurel : la fréquence des pertes totales est passée de ≈ 15,6 % à ≈ 24 % des sinistres en dix ans, portée par la hausse continue des coûts de réparation (électronique, ADAS, véhicules électriques) et le vieillissement du parc. Chaque point de hausse élargit mécaniquement le gisement de véhicules à traiter, indépendamment du nombre d’accidents.
Les points forts
Économie exceptionnelle. Marge brute ≈ 45 %, marge opérationnelle ≈ 37 %, marge nette ≈ 33 %, remarquablement stables ; ROIC ≈ 30 % très supérieur au coût du capital (≈ 9 %). Le chiffre d’affaires a crû de ≈ 16 %/an sur huit ans.
Bilan de forteresse. Quasiment sans dette, ≈ 4,1 Md$ de trésorerie nette, placements 100 % en bons du Trésor US à court terme en plus-value latente. L’entreprise s’autofinance intégralement et ne dépend d’aucun capital extérieur.
Comptes propres. Auditeur en place depuis 2006, aucun « critical audit matter », contrôles internes efficaces, aucun retraitement, dilution quasi nulle (rémunération en actions ≈ 0,8 % du CA), aucune partie liée. Management de type propriétaire-exploitant, aligné.
Relais de croissance. Expansion internationale (marchés encore embryonnaires hors États-Unis/Royaume-Uni), développement du segment « whole-car » non-assurance et des services technologiques, désormais complétés par des rachats d’actions.
Les points de vigilance
Enquête DOJ (blanchiment). Depuis octobre 2023, le Department of Justice enquête sur les procédures de Copart pour prévenir le blanchiment par les membres de sa plateforme. Issue non chiffrable, aucune provision constituée (perte non estimable), risque d’amende, de contraintes opérationnelles et d’atteinte réputationnelle. Non menaçant pour la solvabilité (bilan solide) mais overhang réel à surveiller via les prochains 10-Q.
Dépendance aux gros assureurs. Aucun client > 10 % du CA, mais une poignée d’assureurs pèse collectivement lourd, avec des contrats résiliables. Progressive déplace son volume vers RB Global (de ≈ 75 % à ≈ 90 %) : si le différentiel persiste, la part US de Copart passerait de ≈ 50 % à ≈ 46 %. Risque de multi-sourcing par d’autres assureurs (tendance non purement cyclique).
Volumes d’assurance mous (cyclique). La flambée des primes 2023-2025 a poussé des automobilistes à réduire leur couverture, d’où moins de sinistres déclarés (unités US ≈ –4 %). Impact = ralentissement de la croissance, non baisse des profits (compensé par des prix d’enchère records). Attendu temporaire (plusieurs trimestres à ≈ 1-2 ans) à mesure que les primes se stabilisent.
Compression des marges récente. Marge opérationnelle en léger recul (39 % → 36,5 % du CA en deux ans) : coûts de sites et frais généraux en hausse, en partie ponctuels (ouragans) et d’investissement (force de vente, conformité), à surveiller s’ils se prolongent.
Disruption de long terme (au-delà de 10 ans). La conduite autonome pourrait réduire la fréquence des accidents. À horizon 20 ans, la hausse du taux de pertes totales pourrait compenser l’essentiel de cette baisse (renouvellement lent du parc), mais l’incertitude grandit en fin de période. Le véhicule électrique, lui, est net positif à moyen terme (taux de perte totale plus élevé).
Conclusion
Copart est un « compounder » de très grande qualité – moat durable, rentabilité et bilan exceptionnels, vent de fond structurel – dont le cours, après correction, pourrait offrir à nouveau une marge de sécurité. On peut imaginer l’intégrer dans une optique de détention longue (« buy and hold »). Ce n’est pas une valeur de croissance rapide, il s’agirait donc de viser un compounding régulier plutôt qu’une revalorisation spectaculaire.
Lors de la publication de ce document, l’auteur déclarait ne pas détenir des actions CPRT.
Données (30/07/2026) :
Symbole boursier : CPRT (NASDAQ)
Cours actuel : ≈ 29,80 USD
Capitalisation boursière : ≈ 27,8 Md USD
Pays du siège social : États-Unis (Dallas, Texas)
Secteur d’activité : Services professionnels — Enchères de véhicules épaves
Performance YTD : − 32 %
Performance 1 an : − 39 %
Performance 5 ans : + 35 % (total return)
Performance 10 ans : + 690 % (total return)
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